Na lingi yo Papa Wemba

Galerie

Il y a au centre ville de Toulouse, un disquaire-bouquiniste. On trouve dans son magasin, des vinyles, des cassettes pour magnétoscopes et magnétophones, des anciennes partitions mais aussi des livres et journaux anciens. Moi j’y vais de temps en temps ne serait-ce que pour guetter l’arrivée des anciennes collections de la bibliothèque verte, dont j’essaye désespérément d’en faire une compile sympa.

Hier en m’y rendant, et pendant que j’étais entrain de feuilleter une ancienne édition d’Ici Paris, j’ai vu arriver un homme noir vêtu de manière peu commune. Tout de suite j’ai reconnu un sapeur congolais. Sa tenue, haute en couleurs, frisait l’excentricité tout en étant réellement élégante. Il s’est dirigé vers le commerçant en demandant s’il y avait des disques de Papa Wemba. Le disquaire lui a aussitôt indiqué le compartiment de la rumba congolaise. En mon fort intérieur, je me suis dite que ce disquaire méritait une médaille. Car la plupart du temps la musique africaine, et quelque soit son rythme, est rangée dans la catégorie world-music.

Papa Wemba

Papa Wemba

Un client qui était de l’autre côté de la boutique, s’est brusquement dirigé vers le monsieur élégant, en lui disant mot pour mot : » Condoléances Monsieur, vous êtes congolais n’est ce pas? Vous avez perdu votre Johnny Hallyday local… » J’ai aperçu mon ami le sapeur lever les yeux au ciel tout en les ouvrant bien grand, cependant que j’échangeait un regard complice avec le commerçant. Puis soudain, j’ai éclaté de rires suivie par le sapeur et le commerçant. Quelle bonne blague! J’ai imaginé le roi de la rumba congolaise, banane sur le crâne et portant blouson noir et santiags… J’en ris encore!…

Non mais franchement, y’en a je vous jure… Quand on ne connait pas… Hein… On s’abs-tient!!!

D’abord on ne comparait pas ce qui n’est pas du tout comparable. Ensuite, si on tient absolument à le faire, certains critères doivent entrer en jeu.

Je vais vous éviter de longues et indigestes statistiques et vais juste vous dire que sur le plan international, l’artiste congolais a eu une carrière reconnue sur TOUS les continents. Si je dois aligner un artiste français à côte de celui-là, je vais parler de Charles Aznavour, des Gypsy Kings, de Kassav et peut-être d’autres. Et dans cet espace point de Johnny. Même si c’est un artiste immense et talentueux dont la carrière est longue et très réussie. Pourquoi? Parce que son royaume est plus petit que celui de la star congolaise. La rumba congolaise se danse de Cape-Town à Helsinki et de Sydney à  Papeete en passant par Los Angeles, Dakar, Milan, Moscou et Tokyo.

Quelle est l’origine de la rumba congolaise? Alors asseyez vous doucement et écoutez. C’est une histoire fabuleuse.

C’est celle des esclaves bantou emmenés loin de chez eux il y a plus de cinq siècles. Ils venaient d’Afrique Centrale et étaient originaires plus précisément des berges du fleuve Congo. C’était des peuples originaires du Royaume du Kongo, de l’ancien Oubangui-Chari connu aujourd’hui sous le nom de Centrafrique et du Royaume Lunda quant à lui connu ce jour sous le nom de Angola. Ils formaient un groupe ethnique appelé Bakongo et dansaient tous la Nkoumba. Cette danse s’exécutait nombril contre nombril… Et Nkoumba signifiait justement nombril…

Arrivés à Cuba sous la colonisation espagnole, le mot « nkoumba » est transformé en rumba, je suppose pour faciliter sa prononciation mais surtout le colon tient à s’approprier cette danse. C’est un rythme plus ou moins nonchalant fait de sons obtenus par des chants et des percussions ( Bouts de bois, maracas et trois tambours de hauteurs de son différentes) en deux parties dont la seconde est très dansante. Les descendants d’esclaves et les colons en font un mélange qui se développe énormément à La Havane au 19ème siècle. Jusqu’à former trois branches bien distinctes.

  • Le Guanguanco qui est une danse de charme
  • Le Yambo qui est très lent
  • La Columbia quant à elle très cadencée

Voilà la base de la rumba cubaine posée.

Dans les année 40 et 50, les échanges économiques entre Cuba et l’embouchure du fleuve Congo font revenir, le rythme d’origine transformé, sur le continent. C’est alors que s’opère un nouveau métissage qui fait naître alors la rumba congolaise. Enrichie par différents courants musicaux, elle est ensuite  devenue soukouss et ndombolo. On en trouve quelques éléments dans le makossa (rythme camerounais) et même dans le zouk.

Si la rumba congolaise a aussi connu autant de notoriété c’est parce qu’elle a célébré avec l’Afrique francophone les indépendances, par la chanson du Grand Kallé « Indépendance Cha Cha » dont j’ai parlé dans un article précédent.

Voilà donc de quoi Papa Wemba était le roi.  Il a participé à la connaissance du genre dans le monde entier. De nombreuses participations avec des artistes de grandes renommées ont fini par asseoir sa crédibilité ( Peter Gabriel, Aretha Franklin, Manu Dibango, etc..) Pour en savoir d’avantage, cliquez ici et vous serez redirigé vers son site web.

Je retiens de lui surtout et avant tout, une voix extraordinaire capable de monter très haut dans les aiguës au point où il avait été surnommé le rossignol.

Mon titre préféré: Saysay

« Le Johnny Hallyday Local »… Hum… S’il entend ça de là où il est… Hein… Il est mort de rire aussi n’est ce pas?

Au fait « Na lingi yo » signifie en lingala « Je t’aime »…

 

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